C’est la saison de la migration !

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Site Joie et gratitude

Le site Le français, notre accent commun a désormais une nouvelle adresse. Du coup, il en a profité pour faire peau neuve. Hélas ! Nos membres abonnés n’ont pas suivi…

Nous vous invitons donc à vous rendre au http://www.vlf.clg.qc.ca et à y faire une nouvelle demande d’abonnement dans la section de droite.

Mathieu et Anne-Marie

Article rédigé par Sylvie Plante, enseignante de français et coresponsable du dossier de la valorisation

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Source de l’image

Mathieu est sociologue; Anne-Marie, linguiste. De prime abord, ils n’ont rien en commun. En effet, monsieur Bock-Côté a des idées conservatrices bien arrêtées et madame Beaudoin-Bégin est plutôt une rebelle antipuriste. Il vaut sans doute mieux que leurs chemins ne se croisent pas. Et pourtant, je vous le dis sans ambages : j’admire ces deux intellectuels dont les idées sont aux antipodes et qui n’ont en commun que leur long nom de famille!

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On dira ce que l’on veut des discours de Mathieu Bock-Côté, il faut admettre que cet intellectuel parle bien. Reconnaissons que, lorsqu’il s’exprime librement à la radio, sans lire un texte, il est phénoménal. Sa maitrise du registre soigné est impressionnante, pour en dire le moins. Qui plus est, j’avoue éprouver un vif plaisir lorsque je prête l’oreille à la forme de ses communications orales : un flot naturel de paroles suaves ponctuées par un vocabulaire riche, une syntaxe impeccable, des accords parfaits, une concordance des temps respectée, un emploi judicieux des cooccurrents… Ce dernier connait pleinement le sens de l’expression art oratoire. Mais voici le hic! Il ne s’exprime que dans un seul registre : le soigné (aussi appelé soutenu). Parle-t-il aussi de cette façon la fin de semaine, en buvant de la bière entre chums? Châtie-t-il son langage en toutes circonstances sans exception? J’aurais tendance à penser que oui.

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Extrait de son compte Twitter
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Anne-Marie Beaudoin-Bégin a publié aux Éditions Somme toute

C’est à l’autre bout du continuum de l’expression que se loge la linguiste anticonformiste Anne-Marie-Beaudoin-Bégin, que j’adore également. L’auteure de La langue rapaillée, Combattre l’insécurité linguistique des Québécois n’hésite pas à s’exprimer pour être comprise  du plus grand nombre, et même à émailler son parler de jurons bien sentis, si l’occasion s’y prête. L’année passée, son franc-parler sur la langue française et son plaidoyer pour la valorisation du registre familier ont subjugué la foule réunie pour entendre sa conférence prononcée au Collège-Lionel-Groulx.

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Extrait de son compte Twitter

Et entre ces deux postures intellectuelles, mon cœur balance…

Voici donc une question que je me pose depuis longtemps et pour laquelle je n’ai pas trouvé de réponses satisfaisantes, bien que plusieurs personnes de mon entourage aient nourri ma réflexion. Pourquoi certaines personnes n’acceptent-elles JAMAIS de descendre au niveau familier ou populaire lorsqu’elles parlent, et ce, même la fin de semaine lors d’un repas entre copains? Oui, ces personnes existent! J’en connais au moins deux dont je vais taire le nom pour les garder comme amis. À l’opposé, pourquoi certains individus sont-ils allergiques au niveau soutenu et traitent-ils de snobs les locuteurs fidèles au seul registre soigné? C’est la même question, toutefois j’en ai fait deux phrases. : – )

Ne donnez pas votre langue au chat!

Article rédigé par Sylvie Plante, enseignante de français et coresponsable du dossier de la valorisation

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Ce Français donne sa langue au chat.

D’où viennent les expressions populaires? Ne cherchez pas de midi à quatorze heures! Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles, Le français, notre accent commun lève le voile sur cinq d’entre elles. Hop! Jetons-nous à l’eau.

Dorer la pilule

Signification actuelle : « Tenter de présenter une chose désagréable à quelqu’un sous des airs favorables[i]. »

Les pilules laissent souvent un gout amer dans la bouche. Cela était particulièrement vrai avant le XVIIe siècle. Pour contrer ce problème et faire passer la pilule, les apothicaires de cette époque recouvraient les comprimés d’une mince pellicule d’argent ou d’or, d’où l’expression dorer la pilule. Elle était alors plus facile à avaler!

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Dorer la pilule

Se la couler douce

Signification actuelle : « Mener une vie paisible et sans tracas. »

À la Renaissance, le verbe couler avait le sens de passer, comme dans l’expression « Couler des jours heureux ». Couler avait donc une acception en lien avec le temps.  Georges Planelles, auteur de 500 expressions populaires sous la loupe, nous apprend que « […] l’expression, apparue au XIXe siècle, est la forme elliptique de ‟couler une vie douceˮ ».

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Ce chien se la coule douce.

Faire la cour à quelqu’un

Signification actuelle : « Chercher à séduire une autre personne en vue d’une relation amoureuse[ii] »

Au XVIe siècle, quand on faisait la cour à quelqu’un, ce n’était pas pour faire sa conquête. L’expression vient du fait que jadis le roi avait un entourage à sa cour qu’on appelait les courtisans. Ceux-ci le fréquentaient assidument, voulaient lui plaire et être dans ses bonnes dispositions. Cent ans plus tard, le sens s’est rétréci pour ne garder que l’acception amoureuse.

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Ces oiseaux se font la cour.

Des mesures draconiennes

Signification actuelle : « Des mesures, des lois d’une extrême sévérité[iii] »

Dracon était un Athénien sévère qui vivait au VIIe siècle. D’ailleurs son nom, drakôn en grec, signifiait dragon. C’est tout dire. Cet homme donc était un législateur qui faisait la pluie et le beau temps : il créa un code de lois inflexibles dont la plupart des crimes étaient punis par la peine de mort. Ainsi, au XVIIIe siècle, Dracon était mort depuis longtemps, mais il laissa en héritage un adjectif qui signifie quelque chose d’extrêmement strict.

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Dracon était draconien.

Prendre la poudre d’escampette

Signification actuelle : « S’enfuir »

Au XVIe siècle, « escamper » était un verbe qui voulait dire « fuir », donc une escampe était une fuite. Si l’on ajoute le suffixe –ette à ce mot, on obtient escampette, qui,  vous l’avez deviné, est une petite fuite. « Quant à la poudre, soutient monsieur Planelles, on ne sait pas vraiment s’il s’agit de celle qui, en explosant, provoque la fuite, ou plus particulièrement de la poussière du chemin qu’était censé soulever le fuyard en courant. »

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Poudre

N’hésitez pas à mettre la main à la pâte : s’il y a des expressions dont l’origine vous intéresse, écrivez-nous!

Que soient ici remerciées chaleureusement Sylvie Comeau, Agnès Grimaud et Josiane Sauvé sans lesquelles ce billet n’aurait pas vu le jour.

Sources consultées pour rédiger cet article :

Antidote RX, version 4 [Logiciel], Montréal, Druide informatique, 2007.

PLANELLES, Georges. 500 expressions populaires sous la loupe. Adaptation québécoise Johanne Tremblay, Guy Saint-Jean éditeur, Laval, 2015, 609 pages.

 [i] Sauf indication contraire, toutes les définitions des expressions proviennent d’Antidote RX.

[ii] Cette définition a été tirée de 500 expressions populaires sous la loupe.

[iii] Ibidem.

Mr et Madelle

Article rédigé par Sylvie Plante, enseignante de français et coresponsable du dossier de la valorisation

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Source

Quelle est l’abréviation de monsieur? Voyons! Tout le monde sait que c’est M. Si le Multi le dit, ça doit être vrai. L’Office québécois de la langue française (OQLF) le recommande aussi. Usito également. Néanmoins, il n’est pas rare que certains étudiants ou étudiantes l’écrivent Mr… et ils n’ont tout à fait pas tort! Antidote nous apprend que cette façon d’abréger, bien qu’elle soit rare, est plus cohérente que celle qui voudrait qu’on retranche toutes les lettres du mot. En effet, utiliser l’abréviation Mr (avec le « r » en exposant et sans point abréviatif) respecterait davantage le modèle Pr ou Pr (professeur) et Dre ou Dre (docteure). Intéressant! Dans la capsule ci-dessous, Antidote explique pourquoi il préconise cette façon d’abréger; la partie surlignée en jaune n’est pas sans faire sourire:

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Voici un autre fait qui vous amusera: Le Ramat de la typographie nous intime de «garder en mémoire qu’un mot abrégé est en quelque sorte une impolitesse envers le lecteur». Mieux vaut donc en user avec parcimonie.

Enfin, nul besoin d’énumérer toutes les règles qui régissent les abréviations. Néanmoins, soulignons très sommairement qu’il y a trois façons d’abréger un mot :

  1. par la lettre initiale seule : s. (siècle), t. (tome), p. (page);
  2. par la suppression des lettres finales : Antiq. (Antiquité), max. (maximum), sem. (semaine);
  3. par la suppression des lettres intérieures : Cie, dz (douzaine), tjrs (toujours), qqn (quelqu’un).

Bref, les normes entourant les abréviations sont nombreuses. Pour en apprendre davantage (les accents sur les majuscules, les casses, les points abréviatifs, les espacements, les exposants, le pluriel et le féminin, la ponctuation, etc.), il suffira de consulter le site de l’OQLF, dont les informations sont toujours fort instructives et concises.

Ne m’appelez pas mademoiselle

Permettez-moi un dernier commentaire sur un mot dont je veux traiter depuis longtemps et j’ai nommé : mademoiselle (Mlle). Certains pensent faire plaisir aux femmes en les appelant mesdemoiselles (Mlles). Ce n’est pas mon cas. Bien que l’intention derrière cette appellation soit flatteuse, ce vocable contribue à entretenir un rapport inégalitaire entre les sexes parce que les femmes sont classées selon leur état matrimonial, leur âge ou leur désirabilité. Je ne souhaite pas soulever de polémique aujourd’hui. Je ne rentrerai donc pas dans ce débat-là maintenant, mais je tiens à souligner que pour pallier le problème qu’évoquent les mots mademoiselle et madame, « certains ont déjà proposé madelle, forme contractée de madame et de mademoiselle, pour désigner une femme, qu’elle soit mariée ou non ». Inutile de vous dire que l’usage ne l’a pas adopté. Honnêtement, je ne comprends pas pourquoi. Moi, je veux bien qu’on m’apostrophe par Madelle Plante! Bref, qu’on se le tienne pour dit : le prochain à m’appeler mademoiselle se fera répondre: «Que puis-je faire pour vous, damoiseau

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Source

Sources consultées pour rédiger cet article :

Multidictionnaire de la langue française, version papier de 2015 (6e édition), Marie-Éva de Villers, Édition Québec Amérique, Montréal, 1855 pages.

Le Ramat de la typographie, Aurel Ramat et Anne-Marie Benoît (10e édition), 2012, 250 pages.

Office québécois de la langue française (OQLF), site consulté le 10 octobre 2016.

Usito (2013), dictionnaire général de la langue française sous la direction d’Hélène Cajolet-Laganière, de Pierre Martel et de Chantal-Édith Masson, et avec le concours de Louis Mercier [site Web]. Les Éditions Delisme., site consulté le 7 octobre 2016.

 

Le niveau baisse!

Article rédigé par Sylvie Plante, enseignante de français et coresponsable du dossier de la valorisation

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Pr Benoît Melançon (Source de l’image: Le Devoir)

 Est-ce vrai que les Québécois parlent moins bien qu’avant ? Le niveau linguistique baisse-t-il ? Parlons-nous franglais ? Le pronom « on » exclut-il celui qui parle ? Tous les mots sont-ils dans le dictionnaire ? Pour bien se respecter, faut-il bien parler ? Utiliser des anglicismes est-il mal ? Les Québécois parlent-ils français ? Voilà autant de questions tirées du livre Le niveau baisse ! auxquelles répondra Pr Benoît Melançon de l’Université de Montréal, auteur de nombreux essais, blogueur à L’Oreille tendue et récipiendaire du prix Georges-Émile-Lapalme.

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Essai publié en 2015

Cette année encore, le projet de valorisation de la langue française est heureux de collaborer avec le Département de Sciences humaines pour vous présenter la conférence de Pr Melançon. En effet, sa prestation, dont le titre est « Quelques idées reçues sur la langue au Québec », sera offerte dans le cadre des Rendez-vous des Sciences humaines le mardi 18 octobre à 13 heures. Ainsi, si j’ai piqué votre curiosité et que vous voulez obtenir les réponses aux questions posées en introduction, ce sera un Rendez-vous à ne pas manquer ! Pour connaitre le local exact, veuillez consulter l’horaire de la 10e décition des Rendez-vous.

Pour de plus amples renseignements sur la présentation de M. Melançon ou sur les Rendez-vous des sciences humaines, veuillez vous adresser à sylvie.plante@clg.qc.ca ou au coresponsable des Rendez-vous: charles.bellerose@clg.qc.ca.

Marine-Azur Fournier sur l’importance du français

Ce texte est le fruit d’un projet spécial et rassembleur voué à la valorisation du français. Le blogue diffusera périodiquement des témoignages (écrits ou audiovisuels) réalisés par tout membre de la communauté collégiale relativement à  l’importance du français au travail, aux études et dans la vie! C’est votre tribune. Passez-vous le mot!

L’auteure du premier texte est Marine-Azur Fournier, étudiante de première session en Arts, lettres et communication.

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Marine-Azur Fournier

Qu’est-ce que le français pour moi?

Selon moi, le français est tout d’abord une forme d’art dont la splendeur ne ternira jamais. En effet, il s’agit d’une langue en constante évolution qui est, sans équivoque, associée plus que n’importe quelle autre à la littérature. J’ai moi-même remarqué cela, car, depuis que j’ai quatre ans, je couche sur papier des mots pour former diverses histoires issues directement de mon imagination. J’ai présentement cinq romans en cours dont l’un contenant près de 100 000 mots déjà! L’un de mes plus grands rêves a toujours été d’être écrivaine, et de créer, par la suite, ma propre maison d’édition.

Je viens tout juste d’entrer dans le programme d’Arts, lettres et communication option «Langues» pour plusieurs raisons. Entre autres, je fais partie de cette catégorie de personnes qui partiraient à l’aventure volontiers avec un sac à dos sur les épaules. Ce n’est pas sorcier: le globe est devenu notre terrain de jeu… Voilà une excellente raison pour retomber en enfance! D’ailleurs, j’ai beaucoup voyagé dans ma courte vie: République tchèque, États-Unis, Pologne, Belgique, France, Allemagne… Et c’est de là que me vient mon intérêt grandissant pour les différentes cultures. Car, certes, je suis une fière Québécoise, mais je suis avant tout une citoyenne du monde entier!

L’avantage de connaitre diverses langues serait d’être une écrivaine parfaitement indépendante, car, en plus d’éditer mes propres livres, je pourrais même les traduire! En outre, je dessine depuis aussi longtemps que j’écris, donc j’imaginerais les couvertures de mes bouquins. Vous l’aurez constaté, j’ai beaucoup d’aspirations pour le futur, mais une seule chose est sûre: tout part du merveilleux bagage culturel qui est ancré dans nos racines, la langue française, celle qui possède un charme incomparable.

–     Marine-Azur Fournier

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Dessin fait par Marine-Azur Fournier

Pour de plus amples renseignements sur le projet, veuillez écrire à sylvie.plante@clg.qc.ca ou consulter la page Facebook des «Employés du CLG», Le Lionel, et l’article «Le français, langue humaniste» (les paragraphes en bleu).

Friponne, va!

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Costume Molière

André Naud et François Grisé, professeurs au département de Théâtre, sont les responsables du projet «Faire une scène en français», qui s’inscrit dans le cadre des travaux portant sur la Valorisation de la langue française au Collège Lionel-Groulx. 

Ce texte est un compte rendu du premier «évènement spectacle» organisé par le département de théâtre dans le cadre des travaux portant sur la Valorisation de la langue française au Collège Lionel-Groulx.

Le jeudi 15 septembre a eu lieu la première de «Dessous dessus», un défilé de mannequins exposant les vêtements portés par les personnages des pièces de Molière et de Marivaux.

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Le défilé, d’une quinzaine de minutes, a eu lieu à la salle Charles-Valois du collège et a été présenté quatre fois entre midi et 13 heures. Cet étalage de somptueux vêtements, créés par des étudiants de théâtre, a été très enrichissant, car il a su valoriser artistement le français! En effet, le spectateur est ressorti charmé, la tête pleine de mots capiteux tels que rhingrave, jabot, juste au corps, cache-corset, feutre à grand panache, chemise intime, la secrète, robe à plis Watteau et friponne! Si vos sens ont été émoustillés par le lexique coquin de «Dessous dessus»… c’est que vous êtes amoureux de la langue française!

Ne manquez pas la deuxième partie de cet évènement : dans les corridors de l’aile théâtre ces mots français seront épinglés sur une corde à linge et étalés pour le plaisir de vos yeux réjouis.

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Cache-corset

Rédaction: Sylvie Plante

Faites-vous du débreffage sans le savoir?

Article rédigé par Sylvie Plante, professeure au département de français et coresponsable du dossier de la valorisation

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OQLF

Attention ! Vous avez bien lu débreffage et non pas débrayage ou dégraffitage… Vous ne connaissez pas ce mot ? Voyons ! Moi non plus, jusqu’à hier ! Je vous donne quelques indices : ce terme n’appartient pas au vocabulaire de la cuisine ni au domaine de la couture… Sa définition est : « Entretien qui suit immédiatement une action concertée ou une mission achevée, au cours duquel les exécutants rendent compte du déroulement de celle-ci ». Compris ? Pas tout à fait ? Eh bien, cessons les devinettes.  Débreffage est un québécisme, dont l’Office québécois de la langue française (OQLF) fait la promotion, pour remplacer l’anglais debriefing. Débreffage est donc le terme privilégié selon les « politiques officielles de l’Office ». Intéressant ! Debriefing est déconseillé, toujours selon l’OQLF, car c’est un « emprunt intégral à l’anglais [qui] ne s’inscrit pas dans la norme sociolinguistique du français au Québec. Il n’est pas acceptable en vertu des critères de traitement de l’emprunt linguistique en vigueur à l’Office québécois de la langue française. Par ailleurs, débreffage est déjà implanté et accepté dans l’usage au Québec. » Ah bon ! On ne doit pas fréquenter les mêmes cercles ! Je suis pourtant entourée de profs de français…

Je me tourne vers Antidote qui, habituellement, ne me laisse jamais tomber. Cette fois, par contre, il me déçoit: il nous donne la définition, mais sans être accompagné d’un « mode d’emploi » du mot: pas d’exemple de citation ni de cooccurrence qui pour pourrait nous permettre de mieux l’utiliser. Très implanté ce mot, en effet ! De plus, Antidote signale que la fréquence de ce vocable est rare ! Je ris aux éclats !

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Antidote

Usito, un autre excellent dictionnaire québécois, nous en apprend plus: il nous donne sa prononciation (en surbrillance jaune), sa définition, ainsi qu’une citation en contexte d’une source reconnue (entourée en rouge):

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Usito

Au fond, ce qu’il faut retenir, et je prends position ici 🙂 , c’est que même l’OQLF ne peut forcer l’usage d’un mot si les locuteurs n’en veulent pas !

Finalement, que pensez-vous que le Petit Robert nous apprend sur débreffage? Il n’existe pas ! Les Français emploient… débriefing !

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Le Petit Robert

Références consultées pour la rédaction de ce texte

REY, Alain. Le Petit Robert, en ligne

«  Débreffage  », dans le dictionnaire Antidote HD

«  Débreffage  », dans le dictionnaire en ligne Usito. Consulté le 13 septembre 2016.
https://www.usito.com/dictio/#/contenu/débreffage.ad

 

 

 

Circonflexe

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Source de l’image

Article rédigé par Sylvie Plante, professeure au département de français et coresponsable du dossier de la valorisation

Une rumeur voudrait que Bernard Pivot, grand animateur culturel en France, ait défendu passionnément l’accent circonflexe du mot île lorsque les débats ont eu lieu autour des rectifications orthographiques en 1990. Lui et bien d’autres ont soutenu que le retrait du circonflexe rendrait les mots « affreux » en les défigurant ! Mais il faut le comprendre, ce cher Pivot ! Gardant à l’esprit que l’accent circonflexe détient une valeur étymologique, on saisit bien que ce grand amoureux de la langue française n’ait pas pu balayer l’histoire d’un mot de gaité de cœur !

Fait intéressant : « circonflexe » vient du latin circumflectere, à savoir « décrire une courbe », ce qui explique le petit chapeau, comme disent les enfants. Sans vous ennuyer à coups de phonétique historique, cet accent, en linguistique, « marque à la Renaissance l’allongement de certaines voyelles ». Ainsi, on sait qu’il indique aujourd’hui une consonne disparue, souvent un s, comme dans honnête, guêpe, prêtre, dont les formes étaient jadis honestus (du latin), guespe et preste (français du XIIe siècle).

Pour comprendre la disparition du s « interne » de certains mots français, il faut, étonnamment, se tourner vers… l’anglais. Rappelons que les deux langues officielles du Canada ont longtemps entretenu une longue histoire d’amour… et de désamour. En effet, au cours de son évolution, la langue anglaise a pris beaucoup de mots au français pendant le Moyen Âge, par exemple, pastry (« pastiserie » en vieux français), master (du latin magister) et conquest (du latin conquaesita). Ces mêmes mots aujourd’hui sont écrits « pâtisserie », « maître » et « conquête ». Âââhhh ! C’est donc dire que l’anglais s’est emparé de pastry, master et conquest au français à une époque où, dans notre langue, ces mots étaient encore prononcés avec un s « interne » et n’étaient pas encore affublés d’un accent circonflexe !

Ainsi, au risque de lancer un débat, il semblerait que l’on revienne toujours à nos vieilles amours[1]…   Pour s’en convaincre, il suffira de penser au mot « webmestre », créé en 1996, sur le modèle de l’ancien français, dont la prononciation laissait entendre la consonne interne s. Si la déesse artisane des mots avait voulu être moderne, elle aurait pu choisir la graphie « webmaître » ou, mieux encore, « webmaîtresse » !

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Source de l’image

Je remercie astronomiquement Geneviève Hamel, professeure au département de français, pour sa relecture minutieuse et ses commentaires judicieux.

Références consultées pour la rédaction de ce texte

HARDY, ALIX. « Bernard Pivot sur la révision de l’orthographe : ‟ Ce n’est pas à mon âge que je vais m’y mettre ˮ », le 4 février 2016, http://www.lejdd.fr/Societe/Education/Bernard-Pivot-sur-la-reforme-de-l-orthographe-Ce-n-est-pas-a-mon-age-que-je-vais-m-y-mettre-771295 (consulté en ligne le 6 septembre 2016)

REY, Alain. Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction d’Alain Rey, Dictionnaires Robert, 2010, 2614 pages.

REY, Alain. Le Petit Robert, en ligne

WALTER, Henriette. Honni soit qui mal y pense. L’incroyable histoire d’amour entre le français et l’anglais, Paris, Éditions Robert Laffont, 2001, 364 pages.

[1] Je vous le dis tout de suite avant de recevoir un courriel : « amour » peut être féminin au pluriel.

 

Lettre ouverte à la population étudiante

Étudiants
Ces étudiants sourient parce qu’ils ont accès gratuitement à une foule d’outils linguistiques au Collège Lionel-Groulx.

Article rédigé par Sylvie Plante, professeure au département de français et coresponsable du dossier de la valorisation

Chers étudiants et étudiantes,

Avez-vous déjà fait une ballade à la campagne ou une balade ? Il est possible que vous ayez fait les deux…

Suivez-vous un cour ou un cours au cégep ?

Savez-vous que la phrase : «Il fût malade» contient une erreur qui donne soif ?

Mettez-vous telle personne sur un pied d’estale ou sur un piédestal ?

Si vous êtes dans le doute, voilà mon objectif atteint ! Mais n’y restez pas! Il y a une foule d’outils à votre disposition. Je vais vous faire une confidence : pour écrire sans faute, il faut douter de soi et chercher les réponses dans les ressources ! Heureusement, il y en a de nombreuses et elles sont aisément disponibles…

Le Centre d’aide en français (CAF)

Le D-210 est un rendez-vous incontournable pour quiconque veut s’améliorer en français. Deux professeurs chevronnés, Chantal Legault et Marc Léveillé, et une technicienne émérite, Anne Bouchard (sans oublier les nombreux tuteurs estudiantins), vous accueilleront chaleureusement. Le CAF offre plusieurs formules aux étudiantes et aux étudiants qui veulent parfaire leurs connaissances en français écrit.  N’hésitez donc pas à y faire un tour !CAF

Le dictionnaire Le Petit Robert en ligne

Saviez-vous que le Collège met à votre disposition le Petit Robert en ligne que vous pouvez consulter depuis n’importe quel ordinateur ? Il suffit de vous rendre sur la page d’accueil du Collège, de cliquer sur le lien « Bibliothèque », ensuite sur « Outils de recherche » puis, dans la colonne « Encyclopédies », vous trouverez l’icône du Petit Robert. N’hésitez pas à vous servir du moteur « Recherche avancée » pour obtenir des réponses encore plus précises !

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Antidote

Une autre aide précieuse est le logiciel Antidote, qui a été installé sur les ordinateurs mis à votre disposition pour la rédaction de vos travaux : L-313, D-203 et le local vitré à la bibliothèque. C’est un outil merveilleusement complet, car il comporte à la fois un dictionnaire approfondi (synonymes, anglicismes, antonymes, conjugaison, pièges, cooccurrences et tellement plus…) ainsi qu’une grammaire complète (petit icône en surbrillance jaune) et un correcteur de texte ! En plus, Antidote 9 est muni d’un dictionnaire visuel !

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La Banque de dépannage linguistique (BDL)

La BDL est un outil exceptionnel de l’Office québécois de la langue française (l’OQLF) qui s’avère très profitable pour résoudre des problèmes d’ordre général soulevés par la rédaction. Par exemple, est-il vrai que l’expression mettre l’emphase dans le sens d’insister sur est à proscrire et à remplacer par mettre l’accent ? La façon la plus rapide de trouver la réponse est de taper «mettre l’emphase» + OQLF dans le moteur de recherche de Google.

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Je vous laisse sur votre faim pour vous inciter à trouver l’expression correcte par vous-mêmes…

Les rubriques grammaticales et les exercices d’amélioration du français du Centre collégial de développement de matériel didactique (CCDMD)

Ce site est une autre ressource captivante et conviviale à consulter. Les rubriques grammaticales regroupent des réponses condensées aux difficultés estudiantines les plus fréquentes. Pour y avoir accès, rendez-vous sur le site https://www.ccdmd.qc.ca/fr/. Vous trouverez les capsules grammaticales dans la partie intitulée « Matériel à imprimer ».

De plus, les étudiantes et étudiants peuvent s’améliorer de façon autodidacte en faisant des exercices en ligne  (MATÉRIEL INTERACTIF: «Exercices interactifs», «Jeux pédagogiques» et «Parcours guidés») ou sur papier (MATÉRIEL À IMPRIMER: «Exercices PDF» ou «Matériel pour allophones»). Tous les exercices de la partie «Matériel à imprimer» comportent les corrigés à la fin de ceux-ci.

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Le Grand dictionnaire terminologique (GDT)

Le Grand dictionnaire terminologique est un outil spécialisé « dont l’objet est la définition et la traduction française de milliers de termes techniques et scientifiques ». Ainsi, ce n’est ni une grammaire ni un dictionnaire usuel. Par contre, si vous cherchez l’équivalent français d’un terme anglais, le GDT n’a pas son pareil. Voici un exemple de fiche relativement au mot nursing :

Nursing GDT

Termium Plus

En écrivant ce billet, j’ai eu un gros doute (enfin plusieurs petits, mais un GROS). J’ai écrit «…facilement accessible » et je me suis dit : « Tiens, ça me fait penser à  readily accessible. » Est-ce un anglicisme ? J’ai immédiatement pensé au Termium plus, « la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada » ! Et j’ai trouvé la réponse :

Termium Plus 1

Termium 2 Facilement accessible

Il existe plusieurs autres sites consacrés à la qualité et à la maitrise du français, mais j’ai choisi de les passer sous silence parce que, selon moi, ils s’adressent à des rédacteurs professionnels qui doivent pousser très loin leurs compétences langagières. Néanmoins, l’étudiante ou l’étudiant curieux peut naviguer sur le site du Portail linguistique du Canada sans risquer de perdre son temps. Il ou elle y découvrira 16 aides à la rédaction insoupçonnées :

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Bonne rentrée et, surtout, bonne rédaction !

 

La valorisation du français au Collège Lionel-Groulx